15 novembre 2009
La bâtarde d'Istanbul - Elif Shafak
Shafak, Elif, La bâtarde d'Istanbul, Ed 10/18, coll domaine étranger, 2008, 377p. Traduit de l'anglais par Aline Azoulay.
4ème de couverture: Chez les Kazanci, Turcs d'Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l'amour et parlent avec les djinns, tandis que les hommes s'envolent trop tôt pour l'au-delà ou pour l'Amérique.
Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux Etats-Unis dans les années 1920, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l'indignation générale. Quand, à l'âge de vingt et un ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d'où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père.
L'amitié naissante d'Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la " bâtarde ", va faire voler en éclats les secrets les mieux gardés...
Mon opinion: gros coup de coeur! A travers l'histoire de deux familles, l'une turque vivant à Istanbul et compossée uniquement de femmes, et l'autre arménienne vivant aux Etats-Unis, dont les deux adolescenctes finissent par se rencontrer et découvrir le terrible secret de leur famille qui les unit, Elif Shafak signe un roman remarquable. Avec une écriture percutante, dynamique et efficace, elle aborde, sans concession, des thèmes difficiles grâce à une intrigue haletante.
D'une part, à travers les différents protagonistes turques et arméniens elle interroge avec subtilité et franchise la question du génocide arménien toujours non reconnu par l'Etat Turc.
D'autre part, le thème de la condition des femmes en Turquie (un thème qui lui tient articulièrement à coeur) à travers l'exemple d'une mère célibataire est lui aussi savamment traité.
Enfin, et c'est pour cela qu'à l'origine j'ai lu ce roman dans le cadre du Club de Lecture du mois de novembre organisé par Lael, Elif Shafak nous fait voyager littéralement au coeur de cette cité turque. C'est avec délice que le lecteur découvre les rues, les plats, les senteurs, les Stambouliotes; une ville riche d'une diversité culturelle et d'un passé incroyable, au carrefour de l'Orient et de l'Occident!
Après la lecture de ce roman, on a qu'une seule envie, chers lecteurs, prendre le premier vol pour Istanbul et visiter cette ville magnifique!
PS: la préface d'Amin Maalouf est elle aussi magnifique, à la hauteur du roman qu'elle introduit!!
02 novembre 2009
Tchador - Murathan Mungan
Mungan, Murathan, Tchador, Actes Sud, 2008, 110p.
4ème de couverture: "Après des années d'exil, le jeune Akhbar rentre chez lui.
Une automobile traversant de vastes étendues cernées de monts dénudés le ramène lentement aux portes de sa ville natale. Après de multiples contrôles, le temps de revoir les siens n'est plus très loin. Mais l'imprévisible advient : Akhbar est perdu, il ne retrouve personne, ni sa mère, ni sa soeur ni même la maison de son enfance, il ne reconnaît rien. Errant de ruelle en ruelle, Akhbar se heurte au silence et l'angoisse l'étreint.
Dans cette ville en proie à l'effacement, les femmes semblent avoir disparu. Bouleversé par cette insidieuse réalité, Akhbar poursuit néanmoins ses recherches. C'est alors qu'il perçoit le glissement furtif d'un tchador, le lourd balancement d'une étoffe, épais coton de couleur sombre, presque une ombre sur l'ocre aveugle des murets..."
Mon opinion: bien. Après un long exil, le retour au pays natal est un choc pour Akhbar. Alors qu'il entre dans la cité qui l'a vu naître, Akhbar découvre une ville qu'il ne reconnaît pas. La répression est féroce, les femmes ont "disparu", dissimulées sous leur tchador. Sous un soleil accablant, il se met alors en quête de retrouver sa famille. Il frappe à la porte de la maison familiale mais ce n'est pas sa mère qui se trouve derrière. Personne n'a entendu parlé de sa famille, personne ne sait où sont ses proches et s'ils sont encore en vie. Déterminé, Akhbar continue de chercher sa famille, mais rapidement lui aussi est en proie à l'effacement...
Avec un roman court, percutant mais qui laisse néanmoins le lecteur sur sa fin, l'auteur nous plonge dans la douleur d'un retour d'exil où rien n'est plus pareil. Un bon moment de lecture!
14 février 2009
Un jour avant Pâques - Zoyâ Pirzâd
Pirzâd, Zoyâ, Un jour avant Pâques, Editions Zulma, 2008, 136p.
4ème de couverture: Au bord de la mer Caspienne, un jeune garçon découvre les prodiges minuscules de l'univers, comme la visite d'une coccinelle ou les joies et jeux de l'enfance avec son amie Tahereh.
Lui est Arménien. Elle, fille du concierge musulman de l'école. Ainsi se côtoient dans la petite communauté arménienne, entre l'église, l'école et le cimetière, chrétiens et musulmans, crispations anciennes et libres aspirations. Pâques, c'est la fête des œufs peints, des pensées blanches, des pâtisseries à la fleur d'oranger. C'est aussi l'occasion d'allers et retours entre passé et présent, entre Téhéran et le village de l'enfance - tout un quotidien dessiné ici avec virtuosité, un art précieux du détail et beaucoup de finesse.
Mon opinion: Bien. Divisé en trois parties, chacune d'entre elles correspondant à une période de la vie du narrateur, Edmond, Zoyâ Pirzâd nous livre un roman tout en finesse et en émotion. L'évocation des souvenirs, des festivités de Pâques nous plonge au coeur de la communuaté et de la culture arménienne, en découvrant ses rites, ses principes, ses traditions. L'espace d'un instant fugace (130 pages), Zoyâ Pirzâd, nous livre un concentré d'émotion, de sensibilité dans un roman magnifique servi par une écriture fine qui ravie le lecteur!
Les avis de : Cathe, Naina, Clarabel, Katell, Tamara, Fashion, ...
11 novembre 2008
On s'y fera - Zoyâ Pirzâd
Pirzâd, Zoyâ, On s'y fera, LGF, Le Livre de Poche, 2008, 316p.
4ème de couverture: A travers le destin d'Arezou, une femme iranienne, active et divorcée, écartelée entre sa mère et sa fille, trois générations s'affrontent dans un monde où règnent depuis longtemps les interdits et le non-dit.
On la suit au bord du rire ou des larmes, espérant avec elle profiter enfin d'une certaine beauté de la vie. Dans un roman d'une richesse et d'une vigueur exceptionnelles, Zoyâ Pirzâd brosse à la fois le portrait d'une société pleine de contradictions et celui d'une femme passionnante, aussi drôle et attachante qu'une héroïne de Jane Austen.
Mon opinion: bien. A travers le personnage d'Arezou, femme moderne, active, en proie à une histoire d'amour, Zoyâ Pirzâd nous livre avec finesse le portrait d'une femme d'Iran, touchant, délicat... Entre tradition et modernité, cette femme tente de vivre en accord avec elle même. Déchirée entre sa fille, sa mère, sa meilleure amie, Arezou essaie de redécouvrir l'amour mais se heurte à de nombreux obstacles... L'auteur nous livre un roman riche, intense, avec une intrigue bien menée, des personnages complexes et nous plonge au coeur de la société iranienne. A lire!
Les avis de: Alice, Clarabel, Naina, Tamara, Laure, Chiffonnette, Flo ...

