17 juin 2008
Le miroir d'Ambre - Philip Pullman
Pullman, Philip, A la Croisée des Mondes, Tome 3: Le miroir d'Ambre, Editions Gallimard, 2007, 794p.
4ème de couverture: Séparée de son compagnon Will, la jeune Lyra est retenue prisonnière par l'ambitieuse et impitoyable Mme Coulter qui, pour mieux s'assurer de sa docilité, l'a plongée dans un sommeil artificiel.
Parti à sa recherche escorté de deux anges, Balthamos et Baruch, Will parvient au prix d'un terrible sacrifice à la délivrer. Mais une mission encore plus périlleuse les attend : un voyage dans une contrée d'où nulle âme n'est jamais revenue, le royaume des morts... Conteur exceptionnel, Philip Pullman conclut avec brio une trilogie qui figure d'ores et déjà au panthéon des littératures de l'imaginaire, et signe là un pur chef-d'œuvre.
Mon opinion: C'est avec ce tome que s'achève le cycle A la Croisée des Mondes de Philip Pullman. Dans ce tome, on plonge véritablement dans d'autres mondes à la rencontre de créatures vivantes bien différentes de nous. Ainsi les Mulefas (animal se déplaçant sur des roues), les Gallivespiens (créatures minuscules volant sur des libellules mais redoutables avec leurs éperons empoisonnés) ou encore les anges Baruch et Balthamos, les harpies qui peuplent les mondes des morts et qui empêchent le repos des âmes errantes, évoluent sous nos yeux et aident tour à tour Lyra et Will à accomplir leur destin.
Mais quel est il, ce destin qui peut bouleverser à jamais le sort de tous les mondes et dont dépend la survie d'espèces entières? Et quelle est donc le mystère de cette poussière que tous les mondes connaissent mais qui prend différents noms?
C'est ce que l'on découvre dans ce tome 3 mais à la toute fin. Et j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de longueurs dans ce dernier volet. De nombreux chapitres se succèdent sans comprendre véritablement en quoi c'est important pour l'intrigue. J'ai trouvé que ce tome manquait de rythme et je n'ai pas retrouvé le souffle, le dynamisme présent dans les tomes précédents. Sauf à la fin sur les 200 dernières pages où l'intrigue se dénoue et les mystères s'éclaircissent.
Enfin, je trouve que le personnage de Lyra s'affadit au fur et à mesure des tomes, perd en densité, et c'est bien dommage!
Pour conclure, Philip Pullman plonge le lecteur dans une intrigue finement construite, complexe avec une écriture fluide et habile qui nous emporte dans d'autres mondes mais critique également les dérives auxquelles se livrent toutes les religions et les conséquences sur la vie des hommes de manière très pertinente.
Avec son talent de conteur, Philip Pullman réussit à nous raconter une véritable histoire pleine de rebondissements et d'aventures tout en nous invitant à réfléchir. Intéressant, non?
29 avril 2008
La Gifle - F. David, S.Martin, A-C Boudet

F.David, S.Martin, A-C Boudet, La Gifle, Ed. Le Baron Perché, coll. Les Orpaillleurs, 2007, 42p.
Dans ce court roman, Nathalie, une adolescente, nous raconte qu'un jour, alors qu'elle attendait le bus, elle s'est faite giflée par un adolescent de son âge, accompagné d'un de ses amis, comme ça, sans raison! C'est ce ce fameux phénomène de mode que l'on nomme Happy Slapping auquel certains jeunes se livrent. Le principe: agresser quelqu'un dans la rue juste comme ça, sans raison, pour rire et la plupart du temps filmer la scène et la diffuser sur Internet! A travers ce récit, la narratrice, Nathalie, nous décrit ce qu'elle ressent après cette agression. Choquée et profondement blessée (moralement), Nathalie se renferme sur elle. Elle se culpabilise et se heurte à l'incompréhension de ses parents, de ses amis et surtout à l'incompréhension de ce geste auquel elle ne trouve aucune justification. Et c'est bien là le problème, car comment réagir face à la violence gratuite?
Ce petit texte aborde une thématique assez peu traitée en littérature jeunesse d'une manière très pertinente. Ecrit avec un style fluide et agréable, la descritption des sentiments de Nathalie est extrêment bien réalisée et traduit bien l'idée que la violence d'une agression, qu'elle que soit son intensité, affecte de manière définitive les individus qui la subisse, même si celle-ci apparaît anodine.
Un petit livre qui a le mérite de traiter un phénomène de société sans discours moralisateur et qui permet de faire comprendre la gravité des gestes que commettent certains jeunes! Vraiment bien!
28 avril 2008
A la Croisée des Mondes - Philip Pullman
Pullman, Philip, A la Croisée des Mondes, Tome 1: Les Royaumes du Nord, Gallimard, coll. Folio, Paris, 2007, 533p.
Résumé tome 1 : « Élevée dans l'atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, Lyra, accompagnée de son daemon Pantalaimon, passait ses journées à courir dans les rues d'Oxford à la recherche éperdue d'aventures. Cette vie insouciante prend fin pourtant lorsqu'elle est confiée à Mme Coulter, au moment où Roger, son meilleur ami, disparaît, victime des ravisseurs d'enfants qui opèrent dans tout le pays. Mais lassée de jouer les petites filles modèles, et intriguée par la Poussière, une extraordinaire particule qui suscite effroi et convoitises, Lyra s'enfuit et entame un voyage vers le Grand Nord, périlleux et exaltant, qui lui apportera la révélation de ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d'un autre monde. »
Mon opinion : très bien. Pullman nous transporte dans un monde assez énigmatique, proche du nôtre mais étrangement différent par de nombreux détails, où se mêlent sorcières, ours en armures et particules élémentaires nommées Poussières et qui suscitent de nombreuses interrogations et convoitises. C’est pour libérer des enfants torturés et découvrir ce qu’est la Poussièreque Lyra part dans les Royaumes du Nord. Avec ce premier tome, Pullman pose son décor et son intrigue. Il met en place méticuleusement sa narration et tout le mystère entourant la Poussière.Il dresse également le portrait des principaux protagonistes et nous offre comme personnage principal, une petite fille courageuse, téméraire, entêtée et dangereusement désobéissante, remettant en cause l’autorité et les discours imposés par le Magisterium (une institution religieuse qui manipule et impose sa doctrine). Grâce à une écriture fluide et agréable, l’auteur nous plonge dans une intrigue aux nombreux rebondissements, au suspense haletant et nous livre un message critiquant les doctrines liberticides et les manipulations de cette institution sans remettre en cause la croyance, la foi véritable, le fait de croire en quelque chose. Ce n’est pas la religion que Philip Pullman attaque mais les dérives orchestrées par une élite avide de pouvoir et de domination.
Le tome 1 se termine par un suspense prenant, plongeant Lyra aux frontières des Royaumes du Nord, à la croisée des [autres] mondes.
Pullman, Philip, A la Croisée des Mondes, Tome 2: La Tour des Anges, Gallimard, coll. Folio, Paris, 2007, 445p.
Résumé tome 2 : « Le jeune Will Parry, à la recherche de son père disparu depuis de longues années, est poursuivi par des hommes dont il sait peu de choses. Il traverse une brèche presque invisible, et pénètre dans une étrange cité, Cittàgazze, où des spectres mangeurs d'âmes rôdent dans les rues. Il y rencontre Lyra Parle-d'Or, qui a franchi le pont entre les mondes édifié par Lord Asriel. Elle aussi cherche à rejoindre son père. Ensemble, ils vont entamer un périlleux voyage à travers les dimensions, et découvrir un secret mortel : un objet d'une puissance extraordinaire et dévastatrice. Ils devront lutter contre les forces obscures du mal et, pour accomplir leur quête, pénétrer dans une mystérieuse tour, la Torre degli Angeli... »
Mon opinion : bien. Dans le tome 2, le lecteur plonge dans plusieurs mondes parallèles, plus ou moins différents reliés entre eux par des portes et fait la connaissance d’un autre protagoniste, John Parry, qui devient un des personnages principaux de ce tome et dont l’histoire personnelle est fortement liée au destin de Lyra. Les passages entre les mondes perturbent fortement ceux-ci causant de multiples changements, signes inquiétants d’une destruction proche. Une guerre se prépare, concernant tous les peuples de tous les mondes, organisée par le père de Lyra, Lord Asriel, qui souhaite défier l’Autorité du Magisterium. Dans l’un de ces mondes, Lyra rencontre John Parry et se lie d’amitié avec lui. Ils décident de s’allier et d’arriver au terme de leurs missions, pour retrouver leurs pères, et découvrir le mystère de la Poussière.Leurs destins sont scellés. Ensemble, ils font de terribles découvertes et affrontent de nombreux dangers. Dans ce deuxième tome, on retrouve toute la magie de l’écriture et les mystères de l’intrigue que l’auteur ne cesse de complexifiée sans jamais perdre le lecteur. La narration est plus éclatée, alterne entre les aventures de Lyra et John et celles des autres personnages, qui se déroulent simultanément, donnant une réelle dynamique au récit. On s’attache au personnage de John, tout en nuance, même s’ il supplante un peu le personnage de Lyra. De même, je trouve dommage que le personnage de Lyra, dans ce tome, perde de sa densité et de son originalité, apparaissant au lecteur comme une petite fille plus fragile et plus obéissante. Enfin, comme dans le tome précédent, Pullman cimente son intrigue complexe et haletante, autour du même questionnement lié à la soif de pouvoir et de domination de certains et des moyens mis en œuvre pour y parvenir.
En un mot, ce tome 2 ne fait qu’accentuer l’envie de savoir le dénouement de cette fabuleuse histoire !!!
Lisez A la Croisée des Mondes, c’est vraiment un moment d’évasion !
04 avril 2008
L'Oasis - Xavier Laurent Petit
Petit, Xavier Laurent, L'Oasis, L'Ecole des Loisirs, coll. Médium, Paris, 1997, 205p. Roman 12-15ans.
Résumé: "Il y a quelques jours, la vie d'Elmir était une vie normale.C'était avant que les "Combattants de l'ombre " fassent régner la terreur. Avant les attentats. La ville est prise dans un étau entre les bombes, les assassinats, les contrôles permanents. Le couvre-feu a été instauré. Elmir n'a plus le droit de prendre le tramway pour se rendre au collège. Son père, qui est journaliste à La Liberté, est menacé. La bibliothèque où travaillait sa mère a été incendiée. Mais ce n'est que le début du cauchemar. Une nuit, le rédacteur en chef de La Liberté est assassiné, et le père d'Elmir accepte de le remplacer. Elmir ne quitte plus la maison que pour aller, sous escorte, au collège. Et a-t-on encore envie d'aller au collège lorsqu'on sait que, son meilleur ami est du côté des "Combattants de l'ombre"?"
Mon opinion: bien. Ce roman nous plonge dans le quotidien d'un adolescent de 12 ans, Elmir, qui se résume à une petite vie tranquille entre ses parents, le collège, ses amis. Mais les débuts des attentats, le climat de suspicion, les menaces et la peur viennent bouleverser son existence. Il est séparé de ses amis, soumis à des contraintes pour protéger sa vie et à la peur des menaces qui pèsent sur sa famille...
C'est un roman, bien écrit, qui traite, tout en nuance, un conflit complexe et une situation difficile à vivre. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais il a au moins le mérite de raconter, sans, manichéïsme, ni parti pris, l'histoire d'un adolescent, ses sentiments, ses questions face à des évènements qui le dépasssent.
27 mars 2008
Le photographe - Mano Gentil
Gentil, Mano, Le Photographe, Ed. Syros, coll Les uns les autres, 2006, 148p.
Résumé: " Je viens de recevoir une lettre du procureur qui me signifie que je suis mandaté pour une exécutions aux Baumettes, mercredi en huit. J'ai entendu parler du gars aux informations, son affaire a fait du bruit. L'ennui c'est qu'on devra aller chercher la bécane samedi parce que Joseph travaille de nuit."
Fin des années 70. Monsieur Humbert est agent commercial chez C.C (Cuirs et Confection) et, une ou deux fois par an, "photographe" lors des exécutions capitales: son rôle consiste à immobiliser le condamné au moment où tombe le couperet de la guillotine. Les quelques jours qui le séparent de la date fatidique sont, cette fois-là comme toutes les autres, l'occasion de préparatifs rituels et minutieux, peut être pour ne pas laisser place au doute dans une existence jusqu'alors sans faille.
Mon opinion: ? Ce roman ne traite pas à proprement dit de la peine de mort, même si le thème est sans cesse présent en filigrane. Ce roman raconte l'histoire d'un homme (commercial d'une société mais également photographe lors des éxécutions de condamnés à mort), et de l'exécution à laquelle il va participer en 1977.
On plonge alors dans l'intimité d'un homme presque comme tout le monde, qui se pose pour la première fois des questions sur la justification de la peine de mort suite à diverses conversations avec sa compagne Nicole (qui est contre la peine capitale) et aux débats qui traversent toute la société française à cette époque.
Dans la première partie du roman, l'auteure nous présente le personnage de Monsieur Humbert: on comprend alors que le métier de photographe est en quelque sorte un "héritage" de son père, lui même chef exécuteur, et ainsi tout le discours qui légitime la peine capitale et par conséquent les personnels qui l'exécutent. Certains passages nous glacent d'effroi tant les arguments invoqués sont dénués de sens et d'humanité. D'autre part, le personnage principal, qui est aussi le narrateur, nous décrit d'une manière si précise et quasi mécanique les détails d'une exécution, le fonctionnement de la "Louisette", la nécessité de la laver après chaque exécution ou encore l'odeur du sang... que le lecteur peut en avoir des hauts le coeur.
Dans la deuxième partie, le personnage est pris de doutes. Il se questionne pour la première fois de sa vie sur la nécessité de la peine capitale, sur le métier de photographe... Il est tourmenté, et ne sait plus quoi penser entre le discours et le souvenir de son père et sa propre conscience.
Ce roman est original par son thème qui n'est pas des plus communs. Bien écrit et construit, ce roman m'a tout de même mise mal à l'aise et je reste perplexe quant à la fin du roman. Je trouve très intéressant le fait de donner la parole à un "bourreau" comme le nomme l'opinion publique, et de plonger dans sa psychologie . Enfin, ce roman nous offre également un autre point de vue sur ce sujet, ce qui est à, mon sens, sa force. Pour vous faire un avis plus tranché que le mien, lisez-le, il en vaut le coup!
PS: Cela vous aura peut être échappé mais ce livre est destiné à la jeunesse. Pour ma part, je pense qu'il peut être lu par des jeunes adultes (lycéens) et des adultes mais moins par des ados plus jeunes, à moins de le proposer en lecture accompagnée.
26 mars 2008
Tobie Lolness, Timothée de Fombelle
Timothée de Fombelle, Tobie Lolness tome 1: La Vie suspendue, Gallimard Jeunesse, 2006, 312p.
Résumé: " Se cachant au creux des écorces, courant parmi les branches, épuisé, les pieds en sang, Tobie fuit, traqué par les siens... Tobie Lolness ne mesure pas plus d'un millimètre et demi. Il appartient au peuple qui habite le grand chêne depuis la nuit des temps. Parce que son père a refusé de livrer le secret d'une invention révolutionnaire, sa famille a été exilée, emprisonnée condamnée à mort. Seul Tobie a pu s'échapper. Mais pour combien de temps?"
Le tome 1 a été récompensé par de nombreux prix dont : Prix Saint Exupéry 2006, Prix Tam Tam 2006, Prix Sorcières 2007.
Timothée de Fombelle, Tobie Lolness tome 2: Les Yeux d'Elisha, Gallimard Jeunesse, 2007, 344p.
Résumé: "Le monde de Tobie est menacé! Le grand chêne est blessé à mort par un cratère qui ronge son coeur. Les mousses et les lichens ont envahi ses branches. Léo Blue règne en tyran sur les Cimes et retient Elisha prisonnière. Les habitants se terrent. Les Pelés sont chassés sans pitié. Pourtant, dans la clandestinité, Tobie se bat, et il n'est pas seul. Au plus dur de l'hiver, la résistance prend corps. Tobie parviendra-t-il à délivrer les siens et à sauver son monde fragile? Retrouvera-t-il Elisha?
Mon opinion: très bien! Après avoir lu Tobie Lolness, on ne voit plus les arbres de la même manière! Cette merveilleuse histoire nous plonge dans un monde à taille réduite où les insectes représentent de véritables dangers, où les intempéries rendent difficile la vie quotidienne... Le lecteur entre dans un univers attachant, original, un microcosme qui souffre des problèmes propres à toute société. En effet, Tobie Lolness est avant tout une fable qui décrit les problèmes sociaux et environnementaux que l'Homme connaît. A travers l'histoire du peuple de l'Arbre, l'auteur interpelle son lecteur sur les actes commis par les hommes et leurs conséquences à la fois sur les individus et l'environnement qui l'entourent.
Les aventures de Tobie commencent avec le refus de son père (Sim Lolness, scientifique de renom) de délivrer à Jo Mitch Arbor (éleveur de charançons dont le seul but est de s'enrichir à n'importe quel prix) le secret de Balaïna, à savoir la maîtrise de l'énergie thermo-dynamique, qui est à l'origine dans nos sociétés occidentales de la révolution industrielle. Ses parents condamnés, Tobie arrive à s'échapper. Débute alors une traque longue et douloureuse pour Tobie qui souhaite sauver ses parents! Pendant ses nombreuses péripéties, Tobie rencontre Elisha et en tombe amoureux. Les évènements les séparent et mais Tobie poursuit sa route en se jurant de retrouver Elisha.
A travers ce périple, de nombreux thèmes sont abordés et des valeurs comme la solidarité, l'amitié, la tolérance, la protection de l'environnement ou encore le courage d'assumer ses convictions sont mises en exergue. Servi par une écriture fluide, des chapitres courts et bien construits, et des illustrations noirs et blancs très réussies signées François Place, ce roman nous plonge dans une histoire drôle, attachante, émouvante et remplie de rebondissements. Le tome 1 plus centré sur le personnage de Tobie, son histoire, sa fuite, sa solitude laisse place à un tome 2 plus éclaté au niveau de la narration qui livre en parallèle les péripéties de plusieurs personnages (Tobie, ses parents, Elisha...)
Timothée de Fombelle signe une fable écologique qui sensibilise le lecteur aux enjeux environnementaux de façon originale, et exalte des valeurs auxquelles le lecteur, petit ou grand d'ailleurs, peut adhérer, sans tomber dans un discours moralisateur. C'est là, toute la force de ce roman! A lire vraiment!
21 mars 2008
L'Elue - Le Passeur, Lois Lowry
Lois Lowry, L'Elue, Gallimard Jeunesse, 2001.
Résumé: " Dans un monde archaïque et violent qui rejette les faibles, Kira ne doit sa survie qu'à son don exceptionnel pour la broderie. Le Conseil des Seigneurs l'a choisie pour restaurer et achever la fabuleuse robe sur laquelle est inscrite toute l'histoire de son peuple. Mais il lui faudra auparavant, avec l'aide du petit Matt, résoudre d'inquiétantes et sombres énigmes pour trouver la couleur qui lui permettra d'inventer l'avenir..."
Mon opinion: Pas mal. Dans l'Elue, Lois Lowry nous plonge dans une société dure, violente, où la loi du plus fort règne et les inégalités entre les individus sont énormes. Le personnage de Kira transcende cette société barbare, par la force de son caractère et son don pour la broderie. L'auteure nous donne à voir de somptueuses couleurs qui tanchent avec la noirceur de la société dans laquelle Kira évolue. Epargnée par le Conseil des Seigneurs après le décès de sa mère, Kira a pour mission, en contre partie de la protection offerte par les Seigneurs, de restaurer et de continuer la robe qui est le symbole de toute l'histoire de son peuple. Mais cette protection cache une réalité bien différente: celle de ne pas être libre. Kira découvre donc les dessous d'une société liberticide, aliénante. Ce roman nous livre donc un personnage en quête de liberté et de vérité, thématique traitée de façon originale servie par une écriture fluide.
Lois Lowry, Le Passeur, Collection Médium, L'Ecole des Loisirs, 1994.
Résumé:" Dans le monde où vit Jonas, la guerre, la pauvreté, le chômage, le divorce n'existent pas. Les inégalités n'existent pas. La désobéîssance et la révolte n'existent pas. L'harmonnie règne dans les cellules familiales constituées avec soin par le Comité des Sages. Les personnes trop âgées, ainsi que les nouveaux nés inaptes sont "élargis", personne ne sait exactement ce que cela veut dire. Dans la communauté, une seule personne détient le savoir: c'est le dépositaire de la mémoire. Lui sait comment était le monde , des générations plus tôt, quand il y avait encore des animaux, quand l'oeil humain pouvait encore voir les couleurs, quand les gens tombaient amoureux. Dans quelques jours, Jonas aura douze ans. Au cours d'une grande cérémonie, il se verra attribuer comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Jonas ne sait pas encore qu'il est unique. Un destin extraordianire l'attend. Un destin qui peut le détruire..."
Mon opinion: très bien! Ce roman est véritablement une apologie du libre arbitre et de la liberté. Jonas en devenant le dépositaire de la Mémoire acquiert la connaissancce du passé et surtout de la liberté: la liberté de choisir, de désirer, d'aimer, de penser... Au fil des souvenirs que lui transmet le Passeur, le héros se rend compte de la réalité d'une société aseptisée, aliénante et dépourvue de vie, de spontanéité. Refusant de s'y conformer plus longtemps, Jonas décide d'exercer sa liberté dont il a été privé trop longtemps. Grâce à une narration maitrisée, l'auteure nous offre le portrait d'une société qui fait froid dans le dos mais qui nous pousse à réfléchir.
A travers ces deux romans, Lois Lowry traite d'une problématique profonde, qui fait question mais d'une façon totalement différente d'un roman à l'autre. A la société violente et persécutante de l'Elue s'oppose une société entièrement contrôlée et aseptisée dans le Passeur, dans laquelle les choix, les plaisirs, les sentiments n'ont pas lieu d'être. Les approches sont différentes mais la question reste la même. Je trouve que ces deux romans, par une fiction intéressante, abordent de façon pertinente une problématique complexe et s'adressent autant à des adultes qu'à des adolescents. A lire, vraiment!



