15 novembre 2009
La bâtarde d'Istanbul - Elif Shafak
Shafak, Elif, La bâtarde d'Istanbul, Ed 10/18, coll domaine étranger, 2008, 377p. Traduit de l'anglais par Aline Azoulay.
4ème de couverture: Chez les Kazanci, Turcs d'Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l'amour et parlent avec les djinns, tandis que les hommes s'envolent trop tôt pour l'au-delà ou pour l'Amérique.
Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux Etats-Unis dans les années 1920, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l'indignation générale. Quand, à l'âge de vingt et un ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d'où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père.
L'amitié naissante d'Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la " bâtarde ", va faire voler en éclats les secrets les mieux gardés...
Mon opinion: gros coup de coeur! A travers l'histoire de deux familles, l'une turque vivant à Istanbul et compossée uniquement de femmes, et l'autre arménienne vivant aux Etats-Unis, dont les deux adolescenctes finissent par se rencontrer et découvrir le terrible secret de leur famille qui les unit, Elif Shafak signe un roman remarquable. Avec une écriture percutante, dynamique et efficace, elle aborde, sans concession, des thèmes difficiles grâce à une intrigue haletante.
D'une part, à travers les différents protagonistes turques et arméniens elle interroge avec subtilité et franchise la question du génocide arménien toujours non reconnu par l'Etat Turc.
D'autre part, le thème de la condition des femmes en Turquie (un thème qui lui tient articulièrement à coeur) à travers l'exemple d'une mère célibataire est lui aussi savamment traité.
Enfin, et c'est pour cela qu'à l'origine j'ai lu ce roman dans le cadre du Club de Lecture du mois de novembre organisé par Lael, Elif Shafak nous fait voyager littéralement au coeur de cette cité turque. C'est avec délice que le lecteur découvre les rues, les plats, les senteurs, les Stambouliotes; une ville riche d'une diversité culturelle et d'un passé incroyable, au carrefour de l'Orient et de l'Occident!
Après la lecture de ce roman, on a qu'une seule envie, chers lecteurs, prendre le premier vol pour Istanbul et visiter cette ville magnifique!
PS: la préface d'Amin Maalouf est elle aussi magnifique, à la hauteur du roman qu'elle introduit!!
10 novembre 2009
Et mon coeur transparent - Véronique Ovaldé
Ovaldé, Véronique, Et mon coeur transparent, J'ai Lu, 2009, 221p.
4ème de couverture: Sait-on jamais avec qui on vit ? Lorsque Lancelot apprend la mort de sa femme, qu'il aimait à la folie, son univers s'écroule.
Et il va vivre un a Très Grand Choc Supplémentaire a en découvrant qu'Irina n'était que mystères. Malgré la violence de son chagrin, l'homme décide d'enquêter sur celle dont il ignorait tout, qui posait des bombes, qui était orpheline d'un père bien vivant, celle qui est morte dans la voiture d'un inconnu...
Mon opinion: grosse déception. J'avais lu de nombreuses critiques positives sur la blogosphère sur ce roman de Véronique Ovaldé et je dois dire que je suis réellement déçue par ce que je viens de lire.
Même si l'auteur fait preuve d'imagination, je n'ai pas du tout adhéré à son style et à son intrigue. L'utilisation particulière de la ponctuation, l'usage des répétitions et d'un certain vocabulaire n'ont pas facilité la lecture et m'ont plutôt lassée. L'intrigue décousue, la narration sans relief et incohérente m'ont particulièrement agacée. Surtout que l'idée de départ (un mari perd sa femme et découvre qu'elle menait une double vie), somme toute banale, est intéressante: le lecteur s'attend donc à découvrir l'histoire de cette énigmatique femme en même temps que son mari. Et bien non, on reste totalement sur sa fin! Enfin le personnage principal sans profondeur m'a profondément ennuyée.
Vous l'aurez compris, chers lecteurs, ce roman a été pour moi une grosse déception. Toutefois, j'essaierai quand même de lire un autre roman de cet auteur afin de me faire un avis plus global.
D'autres avis sur BOB!
02 novembre 2009
Tchador - Murathan Mungan
Mungan, Murathan, Tchador, Actes Sud, 2008, 110p.
4ème de couverture: "Après des années d'exil, le jeune Akhbar rentre chez lui.
Une automobile traversant de vastes étendues cernées de monts dénudés le ramène lentement aux portes de sa ville natale. Après de multiples contrôles, le temps de revoir les siens n'est plus très loin. Mais l'imprévisible advient : Akhbar est perdu, il ne retrouve personne, ni sa mère, ni sa soeur ni même la maison de son enfance, il ne reconnaît rien. Errant de ruelle en ruelle, Akhbar se heurte au silence et l'angoisse l'étreint.
Dans cette ville en proie à l'effacement, les femmes semblent avoir disparu. Bouleversé par cette insidieuse réalité, Akhbar poursuit néanmoins ses recherches. C'est alors qu'il perçoit le glissement furtif d'un tchador, le lourd balancement d'une étoffe, épais coton de couleur sombre, presque une ombre sur l'ocre aveugle des murets..."
Mon opinion: bien. Après un long exil, le retour au pays natal est un choc pour Akhbar. Alors qu'il entre dans la cité qui l'a vu naître, Akhbar découvre une ville qu'il ne reconnaît pas. La répression est féroce, les femmes ont "disparu", dissimulées sous leur tchador. Sous un soleil accablant, il se met alors en quête de retrouver sa famille. Il frappe à la porte de la maison familiale mais ce n'est pas sa mère qui se trouve derrière. Personne n'a entendu parlé de sa famille, personne ne sait où sont ses proches et s'ils sont encore en vie. Déterminé, Akhbar continue de chercher sa famille, mais rapidement lui aussi est en proie à l'effacement...
Avec un roman court, percutant mais qui laisse néanmoins le lecteur sur sa fin, l'auteur nous plonge dans la douleur d'un retour d'exil où rien n'est plus pareil. Un bon moment de lecture!
31 octobre 2009
Le Coeur Cousu - Carole Martinez
Martinez, Carole, Le Coeur Cousu, coll Folio, Gallimard, 2009, 442P.
4ème de couverture: Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse...
Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels.
Carole Martinez construit son roman en forme de conte: les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé: il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie.
Mon opinion: bien. Au coeur de l'Espagne, à la fin du XIXème siècle, Frasquita reçoit de sa mère une boîte qui renferme un don pour la personne qui l'ouvre. Celui de Frasquita se révèle être celui de coudre. Mais pas seulement les tissus, les hommes et les sentiments également.
Jeune femme, Frasquita donne rapidement naissance à des enfants mystérieux tous porteurs eux mêmes d'un don. Les événements forcent Frasquita à prendre la route avec ses enfants; commence alors une véritable fresque. Le lecteur plonge alors dans cette traversée empreinte d'aventure, de magie, de souffrance mais également d'amour.
Grâce à une plume magnifique, Carole Martinez nous entraîne aux côtés de Frasquita, telle une mère courage, pour qui ses enfants sont sa raison de vivre. C'est l'amour maternel et fraternel qu'explore l'auteur d'une façon très particulière, flirtant à la fois avec le registre du merveilleux et du fantastique, donnant vie à des personnages complexes et attachants. Une véritable fresque familiale puisqu'à la mort de Frasquita, l'histoire continue avec les enfants de la couturière...
Mais je ne vous en dis pas plus, chers lecteurs et je vous laisse découvrir cette fabuleuse histoire!
24 octobre 2009
L'Ombre du vent - Carlos Ruiz Zafòn
Zafòn, Carlos Ruiz, L'Ombre du vent, Le Livre de Poche, 2006, 637p. Traduction de François Maspero
4ème de couverture: "Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.
Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers.
Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie."
Mon opinion: bien. C'est à l'occasion d'une de nos journées shopping livre que Lael m'a conseillé ce roman. Et je l'en remercie!
L'Ombre du vent nous plonge au coeur d'une Barcelone d'après guerre énigmatique, où le narrateur Daniel Sempere grandit et découvre la vie et la littérature grâce à un mystérieux livre, écrit par un certain Juliàn Carax, porté disparu. S'enchaine alors une intrigue passionnante et terriblement bien construite happant littéralement le lecteur. Des personnages profonds, hauts en couleur, tous avec un rapport personnel à la littérature évoluent sous les yeux du lecteur dans une mise en abîme remarquablement maîtrisée par l'auteur, servie par une plume d'une grande qualité.
Vous l'aurez compris, chers lecteurs, tous les éléments d'un bon roman sont réunis dans cette oeuvre et je vous conseille vivement de plogner dans l'Ombre du vent.
Quant à moi je pense lire prochainement Le Jeu de l'ange du même auteur afin de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Carlos Ruiz Zafòn!
03 octobre 2009
Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller - Boualem Sansal
Sansal, Boualem, Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller, Coll. Blanche, Gallimard, 2008, 263p.
4ème de couverture: Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand.
Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d'Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d'une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid...
Basé sur une histoire authentique, le roman propose une réflexion véhémente et profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi. Il relie trois épisodes à la fois dissemblables et proches : la Shoah, vue à travers le regard d'un jeune Arabe qui découvre avec horreur la réalité de l'extermination de masse ; la sale guerre des années 1990 en Algérie ; la situation des banlieues françaises, et en particulier la vie des Algériens qui s'y trouvent depuis deux générations dans un abandon croissant de la République.
" A ce train, dit un personnage, parce que nos parents sont trop pieux et nos gamins trop naïfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles. " Sur un sujet aussi délicat, Sansal parvient à faire entendre une voix d'une sincérité bouleversante.
Mon opinion: coup de coeur! J'ai été bouleversé par ce roman à tel point que je ne sais comment en parler!
J'ai découvert une écriture, un style magnifiques qui m'ont littéralement séduite. Boualem Sansal manie le récit et les mots avec une grande maîtrise . Je suis vraiment tombée sous le charme de sa plume.
La force de ce roman tient aussi dans sa construction avec le point de vue des deux personnages ( les deux frères Schiller ) et l'imbrication de plusieurs contextes historiques et culturels. Ainsi le lecteur est plongé au coeur des sentiments des deux personnages mêlés à un passé et un présent qui les dépassent. L'un après l'autre les deux frères vont découvrir le terrible secret de leur famille et tenter de vivre avec. De nombreux sujets sont abordés par l'auteur qui nous livre une réflexion riche et profonde autour des thèmes de la culpabilité, de la liberté, des idéologies, ...
J'ai vraiment du mal à critiquer ce roman qui m'a complètement coupé le souffle tant par l'écriture, les sujets qu'il évoque ou encore la force de son intrigue.
Vous l'aurez compris, chers lecteurs, c'est un gros coup de coeur pour moi et je vous recommande chaudement sa lecture!
26 septembre 2009
La Nuit des temps - René Barjavel
Barjavel, René, La Nuit des temps, Coll Pocket, Pocket, 2007, 393p.
4ème de couverture: Dans l'immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé du relief sous-glaciaire.
Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace... Que vont découvrir les savants et les techniciens venus du monde entier qui creusent la glace à la rencontre du mystère ? La nuit des temps, c'est à la fois un reportage, une épopée mêlant présent et futur, et un grand chant d'amour passionné. Traversant le drame universel comme un trait de feu, le destin d'Elea et de Paikan les emmène vers le grand mythe des amants légendaires.
Mon opinion: bien. A travers une intrigue de science-fiction, l'auteur nous raconte l'histoire des hommes qui peuplaient la terre il y a 900 000 ans (arrivés au degré ultime de la civilisation) et engage une réflexion philosophique sur les questions existentielles de l'humanité: la liberté, la science, les faiblesses humaines... Un seul principe sous tend toute sa réflexion et se trouve au coeur du roman: l'amour mais l'amour absolu au sens large! Par une écriture agréable, le lecteur est littéralement happé par ce récit à la fois romanesque et réflexif. Et c'est là toute la force de ce roman: le mélange des genres entre philosophie et émotion!
C'est avec ce titre que je découvre cet auteur et je dois dire que je ne suis pas déçue! Alors un conseil chers lecteurs, plongez dans le froid glacial et laissez-vous emporter par l'hsitoire d'Elea et de Païkan!
30 août 2009
Nous vieillirons ensemble - Camille de Peretti
De Peretti, Camille, Nous vieillirons ensemble, LGF, Le Livre de Poche, 2009, 308p.
4ème de couverture: Dimanche 1er octobre. Une journée comme les autres aux Bégonias, une maison de retraite de la banlieue parisienne. Il est 9 h 15. Nini, la vieille excentrique, attend la visite de sa petite Camille, sous l'oeil attendri et bienveillant de Josy, l'auxiliaire de vie cartomancienne. Louise Alma ressasse quatre-vingt-douze années de souvenirs. Jocelyne Barbier, la bureautière, et Marthe Buissonette, la femme de pasteur, reprennent leur querelle quotidienne.
Robert Leboeuf couvre Thérèse Leduc d'un regard plein d'espoir. Le capitaine Dreyfus prépare sa grande évasion... Et les familles des résidents accomplissent, bon gré mal gré, leur devoir dominical. La vie s'écoule doucement entre joie et souffrance, amitié et solitude, amour et ennui, maladie et envie. Camille de Peretti propose, avec son acuité habituelle, une immersion insolite et bouleversante dans l'univers singulier des maisons de retraite.
Mon avis : coup de coeur.
Voilà un roman qui a été un vrai coup de cœur ! Camille de Peretti plonge son lecteur au cœur d’un lieu qui évoque pour la majeure partie des gens la mort, l’ennui, la vieillesse : une maison de retraite.
Alors oui ! Camille de Peretti avec son écriture vive et ironique aborde brièvement des questions difficiles comme la dépendance, la démence, la solitude… Mais en aucun cas elle ne bâtit son roman sur ces problématiques. Au contraire à chaque chapitre qui s’attache à un lieu, un moment et un personnage précis, elle nous raconte l’histoire des résidents, leurs sentiments, leurs souvenirs, leurs rapports à leur famille…
C’est touchant, drôle, des fois un peu triste mais c’est avant tout un roman très humain qui raconte la vie !
28 août 2009
No et moi - Delphine de Vigan
De Vigan, Delphine, No et moi, Le Livre de Poche, LGF, 2009, 248p.
4ème de couverture: Elle avait l'air si jeune. En même temps il m'avait semblé qu'elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu'elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. D. V. Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d'amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu'au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu'elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l'errance questionnent le monde.
Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n'est à l'abri...
Mon opinion: pas mal. Voilà un petit roman qui se lit rapidement. L’intrigue est intéressante et plutôt bien menée. On s’attache à ses deux personnages (Lou et No) qui apprennent à s’apprivoiser et qui découvrent l’une et l’autre la vie sous un autre angle. La construction du roman en opposition est assez intéressante et l’écriture simple mais des fois un peu trop « adolescente » (ce qui est normal me direz-vous étant donné que la narratrice est une ado, mais bon quand même !) rend la lecture fluide.
Le seul bémol dans tout ça, pour ma part, est le côté un peu trop idéaliste et stéréotypé des personnages et de l’intrigue. Certes l’idée est bonne mais le problème de société (une jeune fille SDF) dont parle l’auteur est me semble t-il un peu plus compliqué que la façon dont elle présente.
Pour ma part, à la fin du roman j’ai ressenti un sentiment d’inconsistance. J’ai eu l’impression que les personnages étaient bâclés et les questions soulevées par l’auteur peu approfondies.
En conclusion, un sympathique moment de lecture mais qui me laisse un peu sur ma fin.
20 avril 2009
La part de l'autre - Eric Emmanuel Schmitt
Schmitt, Eric Emmanuel, La part de l'autre, LGF, Le Livre de Poche, 2006, 503p.
4ème de couverture: 5 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l'École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde.
Mon opinion: bien. Certains disent de ce roman qu'il est une u-chronie ( = En littérature, c'est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. On utilise également l’expression « histoire alternative » (alternate history) ou histoire contrefactuelle. L’auteur d’une uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles. Source Wikipédia). Il est vrai qu'au regard de la quatrième de couverture, on peut le penser.
Cependant, à la lecture, il me semble que ce n'est pas du tout le but visé par l'auteur. Certes Éric Emmanuel Schmitt part du célèbre jour où Hitler s'est fait recaler à l'entrée de l'Académie des Beaux Arts de Vienne; triste jour qui brisa cet homme fragile et qui est, selon les historiens, un événement marquants qui détermina la vie du Führer. L'auteur déroule alors l'histoire du vrai Hitler dans toute son atrocité et construit en parallèle la vie d'un jeune homme, Adolf H, futur peintre, qui intègre la célèbre école d'art de Vienne. En parallèle se déroule donc sous les yeux du lecteur la vraie histoire d'Hitler et celle, inventée de toute pièce mais qui aurait pu se produire d'un autre jeune homme.
L'auteur ne base donc pas son propos sur ce qu'aurait été le monde sans l'épisode du nazisme, chose que tout le monde peut aisément imaginée, mais plutôt sur la comparaison de la vie de ses deux personnages. On pénètre dans l'intimité de ces deux personnages et on suit leur parcours à travers un double portrait antagoniste. On a du mal au début à éprouver de la sympathie pour le jeune Hitler alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme perdu. il nous est difficile également d'imaginer un autre Hitler, une personne diamétralement opposée. Mais ce procédé permet à l'auteur de mettre en valeur l'importance des événements qui peuvent déterminer notre vie, nos choix et leurs conséquences, et dans un contexte précis la part de notre liberté, de notre libre arbitre?
La question n'est pas de savoir quel élément a déclenché la folie meurtrière chez Hitler mais plutôt de poser les questions fondamentales qui traversent la nature humaine: la liberté, le déterminisme, la possibilité d'agir de l'individu dans un contexte socio-culturel précis...
Il s'agit également pour l'auteur de nous faire prendre conscience de cette part de l'Autre, si étrange, si énigmatique qui habite notre personnalité; cette altérité qui nous échappe, qui nous fait peur. Tout au long du livre, le lecteur se pose des questions sur ce qu'il pourrait être s' il avait vécu d'autres événements. Notre société, notre époque, notre histoire personnelle, notre environnement social et familial nous façonnent, nous déterminent mais se pose toujours la question de notre capacité à choisir; entre déterminisme et individualisme (au sens sociologique).
Alors certes ces réflexions peuvent paraître stériles dans le sens que l'on ne peut pas savoir ce que Hitler aurait été, que tout ceci est pur spéculation...
Mais tout de même il me semble important de réfléchir à ces questions de fond ne serait-ce pour ne pas être dans le jugement et la condamnation voire la négation d'autrui, et surtout rester dans le doute et le questionnement plutôt que d'asséner des certitudes qui peuvent se révéler dangereuses. Reconnaître à l'Autre cette altérité qui nous habite tous, c'est se reconnaître en tant qu'être semblable mais différent, c'est reconnaître l'humain qui est en face de nous même dans sa version la plus criminelle.
D'autres thèmes sont abordés comme l'amour, l'amitié, l'art, la guerre mais que je ne développerai pas ici par manque de temps mais qui offrent de très belles pages.
Voilà chers lecteurs, peut être êtes vous complètement perdus face à cette critique je vous l'accorde un peu désordonnée, mais j'espère avoir attirer votre attention sur l'intérêt de ce roman! Un roman dérangeant qui nous interroge!
Quelques citations importantes à mon sens et qui résument bien mieux mon propos, tirées du journal de l'auteur dans lequel il explique sa démarche et les difficultés auxquelles il a été confronté:
" L'erreur que l'on commet avec Hitler vient de ce qu'on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors norme, un barbare sans équivalent. Or c'est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d'ailleurs si, demain, ce ne sera pas toi ou moi? Qui peut se croire définitivement à l'abri? A l'abri d'un raisonnement faux, du simplisme, de l'entêtement ou du mal infligé au nom de ce qu'on croit le bien? [...] Tel est le piège définitif des bonnes intentions. Bien sûr, Hitler s'est conduit comme un salaud et a autorisé des millions de gens à se comporter en salauds, bien sûr, il demeure un criminel impardonnable, bien sûr je le hais, je le vomis, je l'exècre, mais je ne peux pas l'expulser de l'humanité. Si c'est un homme, c'est mon prochain, pas mon lointain. "p477 - 478
"Hitler est à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de moi. A l'extérieur dans un passé accompli, dont il ne reste que des cendres et des témoignages. A l'intérieur, car c'est un homme, un de mes possibles, et je dois pouvoir l'appréhender."p479
" Réduire Hitler à sa scélératesse, c'est réduire un homme à l'une de ses dimensions. C'est lui faire le procès qu'il fit lui même aux Juifs. Noircir l'autre pour se blanchir: la pensée même d'Hitler. Et la pensée des gens qui parlent d'Hitler. Blanchir l'humanité en en excluant Hitler. Comme si l'humanité n'était pas spécifiquement humaine. "p500
" Décidément, plus j'avance, plus je découvre que tous les discours sont mus par cette même invisible idée: Hitler est l'autre.
Mon livre sera un piège tendu à cette idée. En montrant qu'Hitler aurait pu devenir autre qu'il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu'il pourrait devenir Hitler." p482
"Après l'expérience de ce livre, je me méfierai encore plus des idées simples. A un mal trouver une cause unique, ce n'est pas réfléchir, c'est caricaturer, réduire, tomber dans l'accusation plus que dans l'explication. Après ce livre, je suspecterai tout homme qui désigne un ennemi. Hitler est une vérité cachée au fond de nous mêmes qui peut toujours ressurgir." p503.
L'avis d' Allie.



